Kobus, S., Klasen, N.J., Weinkoetz, A. et al. Impact of live music therapy compared with storytelling on maternal depression and psychological distress in mothers of preterm infants: a secondary analysis of a randomized controlled trial. matern health, neonatol and perinatol 12, 57 (2026). https://doi.org/10.1186/s40748-026-00300-8
Cet article de Kobus et al. (2026) étudie les effets de la musicothérapie « en live » sur la dépression et la détresse psychologique des mères de bébés prématurés hospitalisés en néonatalogie, en comparaison avec une intervention de narration d’histoires. Il s’agit d’une analyse secondaire d’un essai contrôlé randomisé incluant 60 nourrissons prématurés, répartis aléatoirement en deux groupes de 30 : l’un bénéficiait de séances individuelles de musicothérapie en direct, l’autre de séances de narration, en complément des soins néonatals habituels. Les interventions étaient proposées trois à quatre fois par semaine, de la naissance jusqu’à la sortie de l’hôpital, pour une durée moyenne d’environ 24 minutes. Les auteurs s’intéressent aux mères, particulièrement vulnérables sur le plan psychologique dans ce contexte, car la prématurité, l’hospitalisation en réanimation néonatale, la séparation du bébé, l’environnement médicalisé et la limitation du rôle parental peuvent favoriser anxiété, symptômes dépressifs et réactions de stress post-traumatique. Les symptômes maternels ont été évalués à trois moments : immédiatement après l’accouchement, à la sortie de l’hôpital et autour du premier anniversaire de l’enfant, à l’aide de deux questionnaires standardisés, la CES-D pour les symptômes dépressifs et l’IES-R pour la détresse liée au stress traumatique. Les résultats montrent une amélioration dans les deux groupes, mais celle-ci est nettement plus importante chez les mères dont les bébés ont bénéficié de musicothérapie : entre la naissance et la sortie de l’hôpital, le score de dépression diminue en moyenne de 22,4 points dans le groupe musicothérapie contre 10,7 points dans le groupe narration, tandis que la diminution des symptômes de stress est également plus importante avec la musicothérapie. Les tailles d’effet sont importantes à la sortie de l’hôpital (d = 1,0 pour la dépression et d = 1,5 pour le stress), ce qui suggère un effet potentiellement cliniquement pertinent. Au moment du premier anniversaire, les différences entre les groupes se réduisent, mais les mères du groupe musicothérapie présentent encore des scores légèrement plus favorables, ce qui pourrait indiquer un bénéfice persistant, même si les effets à long terme sont beaucoup plus modestes. L’intérêt méthodologique de l’étude réside notamment dans le choix de la narration comme groupe contrôle actif : les deux interventions impliquent une présence professionnelle, une attention individualisée, une interaction avec le bébé et un soutien émotionnel, ce qui permet de mieux distinguer les effets propres à la musicothérapie de ceux liés simplement au fait de recevoir une intervention de soutien. Les auteurs avancent plusieurs mécanismes susceptibles d’expliquer ces résultats : la musicothérapie pourrait favoriser la régulation émotionnelle et physiologique, agir sur l’activation du système nerveux autonome, soutenir le sentiment de compétence parentale et renforcer le lien mère-enfant. La dimension musicale, rythmique, sensorielle et relationnelle de l’intervention pourrait ainsi apporter quelque chose de spécifique par rapport à une intervention verbale telle que la narration. L’étude souligne donc que la musicothérapie ne semble pas seulement agir directement sur le prématuré, mais pourrait également avoir un effet indirect et important sur le vécu psychologique de la mère, en l’aidant à retrouver une place active et relationnelle auprès de son enfant dans un environnement où elle peut se sentir dépossédée de son rôle parental. Les auteurs concluent que la musicothérapie constitue une intervention non médicamenteuse, familiale et complémentaire des soins médicaux, susceptible de réduire la dépression et la détresse psychologique maternelles pendant l’hospitalisation et de contribuer au bien-être maternel au cours de la première année de vie de l’enfant. Ils restent toutefois prudents : l’échantillon est limité à 60 dyades, l’étude constitue une analyse secondaire et exploratoire concernant les critères maternels, et les effets observés à un an sont moins importants que ceux constatés à la sortie de l’hôpital ; des études multicentriques avec des effectifs plus importants sont donc nécessaires pour confirmer ces résultats et préciser les mécanismes de la musicothérapie.

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